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Quand les villes du Sud s’adaptent aux réalités quotidiennes de la mobilité urbaine : le « zémidjan » à Lomé au Togo

À Lomé comme à Douala, les populations créent toujours leurs propres
repères pour se retrouver dans la ville. Ces photos prises en date du 02
juin 2010 traduisent la réalité quotidienne des habitants de la
capitale togolaise. Les photos ont été prises dans un quartier dense et
peuplé regroupant plusieurs fonctions : résidentielles, économiques,
commerciales et politiques. En analysant de près les photos, on se
questionne davantage sur l’hypothèse de Steck (2007) qui qualifie la rue
africaine de territoire de l’informel. L’informel serait donc lié au
partage de la rue par des activités multiples ou à son utilisation par
plusieurs personnes et sans respect des règles ?

Le séjour effectué dans la capitale togolaise dans le cadre de
notre mobilité doctorale financée par l’Agence Universitaire de la
Francophonie (AUF) nous a permis de vivre au quotidien la notion de
pratique informelle. En effet pour les habitants de la ville de Lomé,
leur utilisation de la rue en tant qu’espace public ne se confond pas à
la notion d’« informalité », mais, plutôt aux stratégies d’adaptation
dans une ville où les activités informelles contribuent à la relance de
l’économie nationale. À Lomé, tous ceux qui exercent dans le secteur
informel payent « l’impôt libératoire » qui est une taxe que la ville
impose à tout occupant d’une portion de l’espace public. À travers ces
images, nous voulons souligner le rôle primordial que détiennent les
pratiques informelles dans le fonctionnement du pouvoir étatique dans un
pays pauvre comme le Togo qui compte que sur les impôts des commerçants
et le rendement de son port autonome pour relancer et maintenir
l’économie nationale.

Il est important de rappeler que tout au long de notre séjour de 3
mois dans la capitale togolaise, nous n’avions pas effectué
d’entretiens « formels » pour ce texte, mais il y a eu des discussions
informelles avec plusieurs habitants de la ville. Les écrits qui
découlent sont issus en grande partie de notre curiosité sur la ville et
des différentes observations faites à chaque fois qu’il nous arrivait
de prendre part à des scènes de vie quotidienne des Loméens. Nos
observations se sont beaucoup concentrées dans la zone du grand marché
Asigamé ou je me rendais au moins une fois par semaine pour faire les
courses. De toutes les pratiques dites informelles qu’on pouvait
observer sur ce périmètre très animé, nous avons apporté une attention
particulière aux modes de transports qu’utilisent les Loméens dans leur
mobilité quotidienne. Il s’agit ici d’une véritable stratégie
d’adaptation mise en place par les populations pour pallier au manque
d’accès au service de transport urbain de la part de la ville.

À cause de son urbanisation diffuse et spontanée, Lomé vit sous la
triple contrainte des problèmes d’accès aux réseaux de transport, du
déficit de l’offre et de la désorganisation du système de transport
collectif. En raison de l’inexistence d’une société de transport public,
l’offre a été pendant longtemps réduite aux taxis collectifs dont
l’efficacité de service se limite aux grandes artères (boulevards et
avenues) de la ville.

Face à ces difficultés de la mobilité urbaine, les « Zémidjans »
ont très vite vu le jour, il s’agit des personnes transformant leur moto
privée en mode de transport collectif et transportant parfois jusqu’à
deux à trois personnes sur une même moto (voir photo 1). Bien que les
populations soient parfois au courant des risques associés à cette
pratique, elles n’ont pas de choix compte tenu de leur situation
financière précaire et l’absence d’un mode de transport alternatif.

À cause de leur disponibilité permanente, leur rapidité et la
souplesse des prix pratiqués, les taxis motos facilitent la desserte de
l’espace urbain et des zones résidentielles enclavées. Dans le contexte
urbain actuel de la ville de Lomé, les femmes se déplacent beaucoup à
pied et transportent aussi leurs bagages en raison de leur faible accès
au transport (voir photo 2). D’abord, elles portent la responsabilité du
transport dans le ménage à travers les tâches ménagères telles que : le
transport de l’eau, du combustible, le transport des enfants,
l’approvisionnement et le transport des denrées alimentaires. Elles sont
aussi nombreuses à s’adonner au commerce ambulant et de rue très
profitable (voir photo 3). Tous ces exemples montrent l’importance des
femmes dans les villes togolaises et c’est pourquoi elles sont aussi
très mobiles. Les taxis motos apparaissent comme une panacée pour ces
femmes à Lomé, car ils contribuent non seulement au déroulement des
activités socioéconomiques locales, mais aussi à les décharger des
lourds fardeaux transportés tous les jours. La mobilité des commerçantes
et des artisans s’appuie largement sur ce mode de transport. Même si le
taux de mobilité des femmes commerçantes n’a jamais été évalué, il faut
reconnaître à ce nouveau système de transport un rôle important dans
l’accroissement du nombre des déplacements des femmes par jour.

La politique de transport urbain à court et à moyen terme devrait
porter sur l’amélioration du cadre réglementaire existant, la formation
professionnelle des conducteurs, la mise en place d’un plan de sécurité
routière et enfin la promotion d’une complémentarité intermodale. Mais,
il ressort que si cette activité n’est pas encore sous la loupe des
autorités locales, c’est juste parce qu’ils y tirent leurs propres
intérêts : la plupart des motos taxis qui circulent dans les rues de
Lomé appartiennent à certains fonctionnaires qui les louent aux jeunes
sans emplois contre une maudite somme de 2000 FCFA par jour, soit
l’équivalent de 5 dollars CAD par jour. Ils craignent certainement
d’engager une réglementation du secteur tout en mettant un blocage à
leurs propres intérêts lucratifs.

À travers ces images, nous voulons expliquer comment les autorités
locales participent à l’« instrumentalisation » du transport informel
dans la ville de Lomé. Bien que les « zémidjans » accompagnent le
développement et la vie quotidienne, permettent la mobilité des
populations vers les centres économiques et constituent de ce fait une
source du revenu pour les familles pauvres, il est donc très important
d’organiser au mieux ce mode de transport de sorte à rendre moins
vulnérables les usagers et les conducteurs.

Référence bibliographique.

STECK, Jean-Fabien. (2007). La rue africaine : territoire de l’informel ? Flux no-66-67/2006/2007.p73-86.

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